Yvan Martial Publications Ltée
Yvan Martial Publications

Abonnés, identifiez-vous+|-

nom utilisateur
mot de passe
ABOUT US
CONTACT US

vous êtes ici : Les articles d'Yvan | A la Une il y a 25 ans | Lecture

Il y a 25 ans

5 mars 1995

Défions orateurs(trices) du 8.3.2020 de nier que notre phallocratie

 ancestrale est la première cause de nos violences conjugales

 

Préparons-nous d’ici dimanche à une avalanche de promesses, surtout politicardes, de tout faire pour délivrer du mâle nos femmes, filles, sœurs, mères. Cela comprend les énièmes projets-mensongers de renforcer les sanctions, devant dissuader toute violence anti-femme, prétendument l’avenir de l’homme.

Chaque 8-Mars demeure, hélas, des heures de palabres, devant assistance souvent mercenaire (payée pour être là), et promesses mensongères de prétendue protection officielle de la Mauricienne contre la violente méchanceté de l’éternel macho.

Cette hypocrisie atteint son summum quand politichiens, bourreaux du cœur, coureurs de jupon, prédateurs sexuels, infligeant mépris déshumanisant à leur légitime, la mère de quelques-uns de leurs enfants, mépris plus blessant que sadique violence physique dont ils les abreuvent, oseront, dimanche, la bouche en cœur, susurrer à assemblée surtout féminine des promesses mensongères pires que celles de ministres moins phallocrates mais pareillement inutiles car incapables d’empêcher que la violence conjugale/domestique reprenne de plus belle avant la fin de leur bla-bla-bla.

Plus hypocrites encore que ces machos-discoureurs, les assistances féminines qui les applaudiront, ignorant peut-être que ce faisant, elles redoublent ces violences anti-femmes. Auraient-elles le courage, la dignité, d’artistes-femmes cinématographiques, quittant la salle des Césars, pour refuser d’être complices d’éloges décernés à Roman Polanski, excellent cinéaste mais accusé de phallocratie prédatrice, que leur walk-out pourrait faire comprendre à irresponsables politiques que l’intelligente population mauricienne est assez avisée pour jauger nos hommes publics sur leurs actes et non sur leurs propos mensongers.

Espérons prise de position plus marquée de nos communautés religieuses. Laisseront-elles passer ce 8.3.2020, sans prêcher aux fidèles que leurs jeûnes, abstinences, pénitences, processions, footings religieux, prières litaniques, ritualismes, traditionalisme même ancestral, sont mensonges odieux devant Celui-qui-scrute-les-cœurs-et-les-reins, s’ils n’aiment pas leur conjointe plus qu’eux-mêmes. Avant de déposer ton offrande sur l’autel, sollicite et obtient d’abord le pardon de ta conjointe, après avoir réparé les blessures que tu lui as faites et en lui jurant aucune récidive. Un communiqué en ce sens du Conseil des Religions serait bienvenu. Espérons contre toute attente. Si seulement certains Savonarole locaux pouvaient défendre la Mauricienne martyrisée conjugalement avec la fougue qu’ils mettent à  pourfendre pré-électoralement un nouvel ennemi politique, hier encore leur allié, protégé ou poulain...

L’Express répercute (6.3.1995) l’implacable réquisitoire anti-prédateurs sexuels d’une consultante, Mme Théa Mendelsohn. Elle n’hésite pas à condamner notre phallocratie ancestrale, principale cause de notre violence conjugale. Cette Australienne est attachée à notre ministère des Droits de la Femme. Sheila Bappoo et Shirin Ameeruddy-Cziffra sont, jusqu’ici, nos ministres féministes les plus énergiques. Mais sont-elles venues à bout de la phallocratie ancestrale dirigeant leur parti ? Posons-leur seulement cette question. Serions-nous plus audacieux à leur place, sachant qu’il pourrait nous en cuire ? Interrogeons-nous. Nous ne sommes pas politiciens mais nous bouchons notre grande gueule, feignons ne rien voir, ne rien entendre, tout ignorer, de peur de perdre gagne-pain, notoriété sociale. N’oublions pas notre madrier dans l’œil quand nous déplorons la paille dans celui de notre ennemi préféré.

Théa Mendelsohn pourfend notre phallocratie ancestrale, le 2.3.1995, à l’Université, d’où le caractère doctoral de son réquisitoire. La violence contre la Mauricienne prend plusieurs aspects…Violence physique, morale, sexuelle, économique…Elle sait être menaçante…Menaces contre une personne et/ou ses proches, enfants surtout…N’écartons pas la torture aussi psychologique, la séquestration.

Des raisons multiples expliquent cette violence phallocratique ancestrale. Le bouc-émissaire est, ici, souvent l’industrialisation (ZF, zone-de-souffrances). Ce développement économique est aussi un bienfait, un progrès. Il remet fondamentalement le rapport de force homme/femme au sein du couple. L’homme-gagne-pain démontrant mal pouvoir est une chose. Mais quand l’homme-parasite, sinon drogué, soulard, fainéant, chômeur invétéré, se prévaut de la même autorité, violente et déshumanisante, il y a des coups de pied au cul qui se perdent. Notre société devrait mieux les approuver. A quoi sert de se marier et garder mari seulement capable et coupable de frapper brutalement la conjointe qu’il doit chérir et défendre ? Pourquoi garder son homme quand il devient un sous-homme ? La Mauricienne est-elle trop masochiste ? Notre société la délivre-t-elle de son enfer ou l’enfonce-t-elle dans sa déshumanisation, sa déféminisation ?

Elle déplore l’indifférence de notre société à l’égard cette violence conjugale, de cette phallocratie ancestrale. Notre hypocrisie encourage la femme battue à se croire coupable. L’empêche de dénoncer son bourreau. Le faire la livre à d’autres tortionnaires qui, pour être gabelous, seront assez sadiques, avec bénédiction hiérarchique, pour prêcher à cette femme-martyre que son devoir conjugal est d’être la proie soumise et consentante de son prédateur, mari ou concubin. Phallocratie ancestrale oblige…

Conserver nos traditions ancestrales a un prix à payer mais par la Mauricienne. Subir ce mal dominateur en fait tristement partie. Elle n’est pas le souffre-douleur de son seul conjoint. Elle doit souvent aussi subir la cruauté de beaux-pères et beaux-frères. Un geôlier-tortionnaire c’est déjà intolérable. Les dégâts deviennent irréparables quand ils sont plusieurs. Malheur à la femme quand traditions ancestrales la considèrent inferieure à l’homme se prévalant surtout de liens matrimoniaux. Elle n’est plus femme. La voilà esclave sexuelle, punching-ball.

Théa Mendelsohn déplore le recours trop facile à drogue, alcool, état-second (pas konné ki fine passe dans mo la tête) pour atténuer la gravité de la violence conjugale (sinon la justifier). Et ce même au Prétoire.

La courageuse et très regrettée Radha Gungaloo déplore ce tardif réquisitoire pour sauver l’honneur de ce ministère, le sortir de son lâche silence. Nos gouvernements successifs abondent lâchement à l’appel à population pour éradiquer les fléaux sapant notre société et faire leur boulot. Mais quand une ONG comme SOS-Femmes lutte, aux risques et périls de ses militantes, pour combattre violence conjugale et phallocratie ancestrale, ils l’ignorent avec mépris, au grand plaisir de nos prédateurs sexuels, nos machos, persistant à considérer leur propre femme, la mère de leurs enfants comme esclave sexuelle devant être soumise envers son Maître et Seigneur.

On pourra discourir le 8.3.2020 sans avoir relu Théa Mendelsohn…

 

Yvan MARTIAL